Tables rondes
avec des élèves ayant participé
à des classes à PAC
Matinée de rencontre avec des classes à
Projet artistique et culturel (Pac). Trois groupes
de travail. Coordinateurs : Michèle Le Lez,
enseignante en Zone d'éducation prioritaire
; Claire Hennebo, secrétaire générale
adjointe de la Fédération des Œuvres
Laïques du Val-d'Oise ; Jean-Claude Ferrant,
ancien directeur d'un centre médico-éducatif.
Premier groupe, avec Claire Hennebo
Les enfants : " L'art, c'est ce qui sort de
notre âme " ; " l'art, c'est ne pas
faire comme les autres mais faire sortir ce que l'on
a en soi pour gagner sa personnalité "
; et puis " l'art, c'est permettre à tout
le monde de s'exprimer mais, quand tout le monde s'est
exprimé, que chacun a dit ce qu'il avait à
dire, on réunit les œuvres de tout le
monde, c'est mieux ; par exemple, quand on a fait
les affiches, chacun s'est exprimé avec son
affiche mais quand on a regardé toutes les
affiches ensemble, ça parlait bien plus qu'une
affiche toute seule ". Pour les affiches, certains
ont travaillé avec des slogans avant, d'autres
après la réalisation plastique, il n'y
avait pas d'obligation.
J'ai posé la question : " Lorsque vous
avez vécu la classe à Pac, y a-t-il
des choses qui vous ont paru bizarres ? "
Ce qui a paru bizarre aux enfants et aussi aux maîtresses
dans la façon de faire, par exemple : on leur
demandait de faire un dessin et après, on leur
demandait de faire un autre dessin par-dessus le premier
; ou encore, l'artiste a demandé à chacun
de dessiner le portrait de son copain mais sans regarder
sa feuille de papier et en tentant de s'approcher
le plus possible d'une ressemblance.
Du point de vue des maîtresses, c'était
une expérience très riche, beaucoup
d'enfants ont commencé à s'exprimer
où à faire des choses qu'ils auraient
jamais osé faire sans cela. Des enfants timides
qui se sont donnés à fond ont réussi
à dire ce qu'ils avaient à dire autrement
que par la parole. Une grande complicité est
née entre les enfants autour de ce qui s'est
créée dans la classe par un travail
qui a été fait ensemble.
Les enfants estiment que c'était une bonne
expérience parce qu'ils ont fait quelque chose
qu'ils n'avaient pas l'habitude de faire, ça
leur a ouvert des yeux sur plein de choses. "
Surtout, des fois, on disait qu'on avait raté
et puis l'artiste arrivait et disait que non, que
c'était génial, alors, finalement, on
s'est rendu compte que quelquefois, quand on croit
qu'on a raté, eh bien, on a fait quelque chose
de bien. Ça nous a ouvert les yeux parce qu'on
n'était pas sûrs de nous, au début.
"
J'ai aussi demandé : " Est-ce que vous
avez envie de revivre une classe à Pac et pourquoi
? "
Les enfants ont répondu qu'ils avaient été
motivés de faire des choses différentes
que celles habituellement faites en classe, et que
c'étaient des choses rigolotes. Un a dit :
" Au début, j'ai fait ça parce
que c'était amusant et que j'avais envie de
voir ce que cela allait donner à la fin ".
Une petite fille : " La classe à Pac,
c'est bien parce qu'on parle de nous, on dit ce qu'on
a envie de dire, des fois, quand on a le cœur
lourd, et ça peut soulager, on peut exprimer
ce que l'on ressent, ça nous a ouvert les portes
sur une autre façon de faire ".
La liberté est un motif qui revient souvent
dans la bouche des enfants : " On a été
libres de s'exprimer, on s'est sentis libres. Au début,
on n'a pas bien compris et puis finalement, on nous
a donné des consignes mais une fois la consigne
donnée, on nous a dit " Vous pouvez aussi
faire comme vous voulez ". " On a passé
de superbons moments, c'est rare, qu'on nous dise
de faire comme on veut et là, on en a profité.
"
La dernière question était : "
Est-ce que votre regard sur l'art a changé
? "
Une petite fille nous a dit : " Je vois les choses
autrement. Au début, on ne comprenait pas quand
on regardait une œuvre, même celles que
faisaient les copains, et maintenant que Véronique
nous a donné des explications, on comprend
ce qu'on a envie de comprendre ou ce qu'on a envie
d'y voir ".
La question à laquelle on n'a pas répondu
était : " Est-ce qu'on
a besoin de savoir beaucoup pour comprendre l'art
? Est-ce qu'il suffit de regarder ? Et qu'est-ce qu'il
faut regarder ? " Mais on s'est rendu compte
que cette question, qui nous semblait toute petite,
si elle n'était pas comprise par les enfants,
c'est peut-être parce qu'elle était trop
grande.
Deuxième groupe, avec Michèle
Le Lez
À notre table, on a beaucoup parlé
de ce que c'est que d'" être un artiste
" parce qu'avoir une artiste dans la classe,
c'est rare. Véronique Pattegay nous en a parlé,
on en sait un peu plus, même si on ne saurait
pas bien l'expliquer. Ce n'est pas si simple. Alors,
la question s'est posée de savoir si le fait
d'avoir une artiste avec nous dans la classe faisait
de nous des artistes. Certains ont répondu
: " On est un petit peu artistes aussi ".
Mais une autre petite fille a dit : " Ce n'est
pas parce qu'on a fait une affiche avec une artiste
que cela fait de nous des artistes. Il en faut plus,
pour être artiste ". On a dit qu'il faut
travailler plus, étudier l'art, se concentrer.
On a vu aussi que l'artiste, c'est quelqu'un qui se
montre, c'est quelqu'un de connu. C'est aussi quelqu'un
qui se peint lui-même.
On a cherché ce qui a changé. Le fait
d'avoir fait cette classe un peu particulière
avec une artiste, qu'est-ce que ça a changé
dans la classe, dans l'école, chez les élèves,
chez la maîtresse et chez l'artiste ? Ça
nous a donné pleins d'émotions. On a
eu du plaisir. Tout a changé car on n'était
pas habitué à faire de l'art plastique
de cette façon. Les élèves étaient
tout contents de coller leur affiche et de pouvoir
les montrer. C'est important, de se montrer. C'était
bien, de voir tout ce monde, de voir qu'on avait bien
travaillé et que nos affiches, les gens allaient
les voir. C'est important parce que ça incite
les autres à faire aussi de l'art et à
tenter de comprendre l'art. On a essayé de
faire passer des messages, ce qu'on aime, ce qu'on
n'aime pas, et on a posé des questions. On
a demandé aussi ce qui a changé chez
Véronique, elle nous a dit que cela lui a permis
de se sentir plus proche des enfants, qu'elle a été
bouleversée par ce que les enfants étaient
capables de dire et d'exprimer, et par le message
qu'ils voulaient communiquer.
Troisième groupe, avec Jean-Claude
Ferrand
En définitive, on peut dire que ce que vous,
les enfants, avez voulu signifier, c'est que vous
avez beaucoup de messages à transmettre. "
On veut s'exprimer ", " On a des choses
à dire " : ça, vraiment on l'a
entendu. On a même entendu : " On peut
connaître plus de choses que les grands, on
a plus d'idées, peut-être ! " ;
mais surtout, que, durant cette classe-là,
on a fait des choses qu'on ne peut pas faire ailleurs.
Certains messages vous tourmentent et vous avez envie
de les faire connaître. Par exemple, il faut
faire quelque chose contre la bagarre. Stop à
la bagarre, ça suffit, la violence ! Un autre
dit : " Il faut plonger dans la vie, il faut
se jeter dans la vie, il faut participer ". On
voit bien une volonté de partager la vie, ce
que vous avez dit : " Il faut sortir de son isolement
". Mais l'art, ça permet aussi le rêve,
le voyage. Un jeune a pu montrer combien la parole
était importante. Il a voulu dire aux gens
qui se sentent agressés et qui se bloquent
qu'" ils peuvent parler ; c'est important, la
parole ". Une petite fille a dit : " Je
ne suis pas une poupée " car, c'est vrai,
les enfants ne peuvent être traités comme
des objets. Une autre s'est exprimée par la
poésie…
Véronique a reçu par ailleurs des messages
bouleversants. Vous avez montré que vous aviez
des choses à dire, des choses importantes et
qu'il faut que nous puissions retenir. Ce que vous
souhaitez après cette expérience, c'est
la " partager " avec d'autres, d'autres
classes, avec la famille, mais pas toujours avec la
famille parce que, pour certains d'entre vous, cette
expérience-là, on préfère
la garder avec la classe et les copains plutôt
qu'en parler en famille, on n'est pas prêts,
pour transmettre certains messages. La possibilité
qui a été offerte à la classe
a été un moment très important,
heureux, un vrai moment de bonheur. À l'unanimité,
tout le monde veut continuer, c'est important de ne
pas en rester là, il faut absolument qu'il
y ait une suite.
Il semblait plus important que tout de transmettre
ce qui s'était passé, de communiquer.
Il y a chez les enfants un désir de communiquer
aux autres. Ce qui semblait un peu difficile car si
l'on sentait les enfants avides de poursuivre l'expérience,
l'enseignante, elle, n'était pas enthousiaste
en raison des conditions matérielles, qui n'étaient
pas bonnes. Le groupe élargi était une
gêne et il n'y a pas d'espace approprié
pour cette expression-là à l'école.
Un autre groupe d'enfants d'Écouen avaient,
eux, la possibilité de rejoindre le centre
culturel voisin de l'école et de disposer d'un
lieu spécifique pour le projet artistique,
ce qui semblait mieux leur convenir. Je m'interroge
sur une possible suite à cela, le projet étant
tiraillé entre, d'un côté, le
très fort désir des enfants de pouvoir
s'exprimer, de côtoyer un artiste, d'y trouver
quelque chose qui répond à une forte
demande de s'exprimer, et de l'autre, les possibilités
de l'école qui semblent freiner cette expression.
Ce que l'on ressent nettement, c'est un désir
d'ouverture de ce qui se fait à l'extérieur.
L'affichage autour du marché a été
important et aussi l'échange de paroles qui
a eu lieu après, il y avait là quelque
chose qui semblait essentiel pour eux. Des propositions
ont été faites pour la suite, en particulier
de former de plus petits groupes, qui permettent d'approfondir
l'expérience au sein de lieux plus appropriés.