Contribution d' Inès Champey au débat
Je désire tout d’abord féliciter
Véronique Pattegay d’avoir donné
un nom aussi convaincant à l’association
qu’elle a créée en 1990, la remercier,
ainsi que tous les membres de l’association
Il Faut Le Faire, de m’avoir invitée,
et dire que je suis absolument d’accord avec
les objectifs exposés dans l’éditorial
de la publication des actes du premier colloque "
Art et Politique ". Il me semble indispensable
de " chercher à connaître les limites
et les enjeux de la création artistique "
et de pouvoir débattre librement de questions
aussi importantes que " la production des œuvres
d’art ", " la définition de
l’art ", et " le statut de l’artiste
".
Je précise tout de suite que, pour moi, la
notion de " politique " recouvre toute forme
de rapport de force (visible ou invisible) et par
conséquent toutes formes de domination et de
hiérarchie (visibles ou invisibles). Et que
s’agissant d’ " art et politique
", la première forme de domination qui
me vient à l’esprit est la domination
symbolique exercée quasi-automatiquement par
tout artiste en tant que personnage historiquement
et socialement porteur d’une mythologie du "
génie ", même s’il refuse
explicitement l’héritage romantique.
Je ne crois pas du tout que l’artiste ait une
supériorité de nature ou de sensibilité
(voire même de générosité)
sur les autres humains, ni qu’il soit en communication
privilégiée avec le cosmos ou d’hypothétiques
mondes ou réalités supérieurs.
C’est pourquoi j’ai beaucoup apprécié
la référence qu’a faite Albert
Azoulay aux aventures du baron de Münchausen,
dans son intervention au premier colloque " Art
et politique ". L’image très parlante
de " quelqu’un qui s’élève
dans les airs en se tirant lui-même par les
cheveux " peut être complétée
par celle de Saint Christophe qui porte le Christ
qui porte le monde, et qui conduit à se demander
sur quoi reposent les pieds de Saint Christophe (1).
Image que je transpose sur l’artiste qui porte
son œuvre qui porte le monde : sur quoi reposent
les pieds de l’artiste ?
Cette question me reconduit à l’étonnement
que j’avais ressenti en découvrant que
l’artiste que votre association avait choisi
d’inviter à ce premier colloque pour
débattre d’art et de politique était
Thomas Hirschhorn. Etonnement qui m’avait poussée
à venir l’écouter pour découvrir
quelle était sa croyance. Il n’a pas
souhaité en parler, se contentant d’affirmer
qu’il ne faisait pas un travail politique, mais
qu’il " travaillait politiquement ",
citant en exemple la créativité du maire
d’un petit village qui avait improvisé
un bureau de vote dans son salon en le divisant en
deux par un drap bleu.
Je n’ai donc pas reçu de réponse
concernant la signification du symbolisme de l’œuvre
de Thomas Hirschhorn et la portée de ce que,
en tant qu’artiste, il tente de " nous
" transmettre. Mais il est devenu évident,
depuis sa participation à l’exposition
Delta au Musée d’Art Moderne de la ville
de Paris (décembre 97-janvier 98) avec l’œuvre
intitulée Time to go, que ce symbolisme est
conçu comme un travail de réparation,
de rédemption et de réanimation destiné
à nous protéger de notre plein gré
contre l’inhumanité de la civilisation
capitaliste dans laquelle nous vivons. Je n’ai
pas de diapositives, mais je vous renvoie aux nombreuses
et très belles photos éditées
dans le catalogue du Musée Ludwig de Cologne
en 1998 (disponible à la galerie Chantal Crousel).
Il faut qu’il soit bien clair que je considère
cet artiste comme un plasticien hors pair, et que
par ailleurs je respecte sa sincérité
et sa modestie.
Mon but, dans cet exposé, est de souligner
qu’une démarche du type de celle d’Hirschhorn
s’inscrit dans une tradition spiritualiste et
messianique issue du romantisme et d’opposer
à cette tradition la tradition réflexive
et critique initiée par Marcel Duchamp, dans
laquelle s’inscrit la démarche de l’artiste
américaine Andrea Fraser (2) dont trois vidéos
sont actuellement présentées dans l’exposition
installée au centre commercial Les Flanades
(elle s’exprime aussi autrement que par la vidéo).
Ces deux artistes ont un respect égal du public,
mais leur manière de traduire ce respect dans
leurs œuvres diffère fondamentalement.
Pour Thomas Hirschhorn, " travailler politiquement
" implique un prosélytisme conçu
comme une forme de thérapeutique sociale extrêmement
proche de la " sculpture sociale " de Joseph
Beuys qui s’appuyait sur ses croyances anthroposophiques.
Croyances partagées par Harald Sezeemann, commissaire
de la rétrospective Beuys au Centre Pompidou
(pour lui Beuys n’est pas mort : " (son
corps astral) évolue en parallèle à
l’histoire de l’humanité "
(3)), grand personnage du monde de l’art, et
commissaire de la présente Biennale de Venise
grâce auquel Thomas Hirschhorn a été
invité à présenter sa participation
(l’œuvre World Airport) sur 400m2. Les
installations itinérantes, les objets artistiques,
et les petits prix que pratique volontiers Hirschhorn
(4) sont autant d’occasions de rencontres et
de dialogues, c’est sur les gens eux-mêmes
qu’il souhaite " travailler politiquement
", proche en cela de son contemporain Fabrice
Hybert, lui aussi influencé par l’œuvre
de Beuys (5). Pour lutter contre la toute-puissance
du monde économique, Hybert vend des objets
nommés P.O.F (Prototypes d’objets en
fonctionnement) mystérieusement conçus
selon un processus " issu d’une "
diététique " mentale et physique
", qui sont censés transformer les comportements
quotidiens et développer la créativité
de leurs utilisateurs. Dans l’exposition Diététique
qui s’est tenue au Confort Moderne à
Poitiers, du 1er mai au 31 octobre 1998, et qui présentait
100 P.O.F accompagnés de leurs vidéos-mode
d’emploi, le sérieux de l’entreprise
salvatrice était compensé (et masqué)
par l’aspect ludique de la plupart des objets
proposés et par les talents d’acteur
du travesti Eliane Pine Carrington dont les "
démonstrations ", d’un humour érotique,
évoquent davantage Duchamp en " Rrose
Sélavy " que Beuys en chaman ! Ces objets,
par exemple un escalier sans fin, un gant à
six doigts, ou une casquette radar (vous avez peut-être
vu la photo d’Hybert dans Libération
avec sa casquette radar), sont distribués à
travers sa société UR, U.R signifiant
Unlimited Responsibility, c’est-à-dire,
en français (et sans le moindre indice d’auto-dérision),
société à responsabilité
illimitée… Alors je me pose la question
: sur quoi reposent les pieds de Fabrice Hybert ?
Et je pense à cette publicité diffusée
tous les matins sur France-Inter il y a quelques mois
: " EDF : nous vous devons plus que la lumière
! ", et je me dis que l’art est "
l’opium du peuple ".
L’artiste peut-il avoir un rôle politique
qui ne soit pas celui d’un guide spirituel ?
Oui. C’est le cas d’Andrea Fraser qui
montre de quelle manière l’art lui-même
est une religion et renvoie le spectateur à
son propre jugement au lieu de jouer la carte de la
séduction.
Dans la vidéo qui la montre en train de faire
une visite conférence dans le musée
de Philadelphie (Museum Highlights : A Gallery Talk
(1989) ; Lumières sur le musée : une
visite conférence-n°1 dans l’exposition),
elle signale dans le hall, comme une évidence,
que le musée est bien trop immense pour être
visité en entier, et s’inquiète
de savoir si chacun a bien acheté son billet.
Précaution qui sert de prétexte pour
préciser que les museum members (amis du musée)
bénéficient " bien sûr "
de l’entrée gratuite et d’un salon
qui leur est réservé au premier étage.
D’autre part, en annonçant d’emblée
comme étant d’un intérêt
égal, la visite des period rooms (salles de
mobilier européen et américain des XVIIIème
et XIXème siècles) qui font la gloire
du musée et la visite des coat rooms (le vestiaire),
elle rappelle ironiquement aux visiteurs que le musée
n’exige pas seulement d’eux qu’ils
laissent au vestiaire les parapluies, sacs ou paquets
physiquement encombrants, mais aussi tout ce qui les
rattache à la vie ordinaire.
Dans la première visite de ce type, qui a
été sa contribution à une exposition
au New Museum of Contemporary Art de New York en 86,
elle affirmait avec la même ironie qu’il
était " de sa responsabilité "
de rappeler qu’il était interdit de toucher
les œuvres, de fumer, de manger et de boire,
parce que les œuvres contemporaines présentées
au musée étaient " réelles,
originales et irremplaçables ". Ce qui
me conduit à un rapprochement avec la description
que Jean Clair, qui est un ennemi acharné de
l’art d’avant-garde qu’il considère
comme " une série de postures et d’impostures
" (formulation efficace et inoubliable !) et
qui dénonce la religion de l’art contemporain,
fait de son musée " révolutionnaire
" du " troisième millénaire
". Description qui en dit long sur sa propre
religion de l’art. Voici le passage :
" Un projet révolutionnaire, en ce début
du troisième millénaire, pourrait être
le suivant. On construirait un édifice. Il
serait simple et un peu solennel. Il serait bâti
en pierre, avec des murs, des portes et des fenêtres,
peut-être quelques colonnes pour souligner discrètement
la dignité de sa fonction. Les salles seraient
harmonieuses, ni trop grandes, ni trop petites. La
lumière serait du nord, égale et froide.
Sur les murs, à bonne hauteur, on accrocherait
des tableaux, à l’exclusion de tout autre
objet se réclamant de l’Art (6). En revanche,
aucun critère de nouveauté ne serait
appliqué : (…) "
Il enchaîne avec la description de son accrochage
idéal, par couple d’œuvres. Par
exemple, des portraits du Fayoum avec des tableaux
de Giacometti, Lucian Freud à côté
de Géricault, Arikha (peintre contemporain
anglais qui a fait le portrait de la reine d’Angleterre)
à côté de Menzel, etc., et termine
ainsi :
" On serait tenu de parler à voix basse.
Il ne serait pas permis de toucher les œuvres,
de fumer ni de manger en leur présence. Par
contre, on pourrait les regarder de tout son saoul,
dans les meilleures conditions de vision. Pour finir
on accrocherait un écriteau à l’entrée
de ce bâtiment d’un style nouveau : "
Musée de Peinture ". "
Le principe de la visite conférence, telle
qu’elle est pratiquée par Andrea Fraser,
est celui d’un perpétuel décalage
qui fait apparaître l’arbitraire (et l’artificialité)
du discours normalement tenu pour valoriser les choses
à voir.
Il s’agit pour elle de lutter contre l’invisible
domination symbolique exercée par le musée
à travers la leçon de goût qu’il
est censé donner au bon peuple. Il s’agit
aussi, dans le cas du musée de Philadelphie,
de reconstruire le contexte de l’histoire du
musée et de montrer toutes les dimensions de
la philanthropie à l’américaine
au XIXème siècle. Elle rappelle que,
parallèlement à l’édification
du majestueux bâtiment contenant aujourd’hui
le musée, ont été instaurées
des institutions telles que des asiles pour indigents,
des maisons de redressement, et des hopitaux réservés
aux malades contagieux, aux malades mentaux, et aux
" faibles d’esprit ".
Dans la vidéo May I help you ? (Puis-je vous
aider ? (1991) en collaboration avec Allan Mc Collum–n°2
dans l’exposition), Andrea Fraser a demandé
à une actrice de se transformer en galeriste
et d’interpréter un texte conçu
pour faire apparaître le lien invisible qui
relie les classes sociales et les pratiques culturelles.
C’est une œuvre très subtile et
je n’ai pas le temps de développer. Je
vous invite à aller regarder la vidéo
et vous renvoie au petit résumé qui
l’accompagne et que vous trouverez sur place.
Je vais terminer cet exposé en vous parlant
de la vidéo intitulée Inaugural Speech
(Discours d’inauguration (1997)-n°3 dans
l’exposition) qui témoigne d’un
geste artistique et politique absolument impensable,
qu’on aurait du mal à croire vrai si
cette vidéo n’existait pas. Cette œuvre
a été réalisée à
l’occasion d’InSITE97, une grande exposition
conçue pour célébrer l’alliance
économique et culturelle de la Californie et
du Mexique, qui s’est tenue simultanément
à San Diego et à Tijuana dans des lieux
publics (centres culturels, écoles, avenues,
parcs, plages etc.,). L’annonce de la présence
de représentants des présidents Clinton
et Zedillo le soir de l’inauguration laissait
prévoir que l’art serait directement
instrumentalisé à des fins politiques,
perspective qui a décidé Andrea Fraser
à prononcer elle aussi, en tant qu’œuvre,
un " discours d’inauguration " qui
serait pris en vidéo, puis intégré
dans l’exposition en deux exemplaires (un de
chaque côté de la frontière).
L’enregistrement débute par des plans
sur l’auditoire et le podium où se tiennent
alignés les hommes politiques, les commissaires
et Andrea Fraser. Aussitôt après la lecture
des messages de félicitation des présidents
américain et mexicain, l’un des commissaires
présente l’artiste et annonce que le
discours qu’elle va prononcer représente
sa contribution à l’exposition.
Sa communication est construite de la manière
suivante : elle commence par prendre la parole en
son nom et au nom des autres artistes participants,
puis incarne tour à tour un commissaire fictif,
un trustee fictif, un public sponsor fictif et un
corporate sponsor fictif. Elle n’annonce pas
qu’elle va parler " au nom de " ou
" en tant que " mais enchaîne les
discours comme si elle était réellement
commissaire, trustee etc., et c’est sur le mode
parodique que chaque orateur fait l’éloge
de l’orateur suivant qui remercie l’orateur
précédent avant de prendre la parole
à son tour. Ce dispositif, qui ridiculise le
rituel des " envois de fleurs " réciproques
et sert techniquement à marquer le passage
d’un personnage à l’autre, créerait
un comique de situation sans conséquence s’il
n’était pas, aussi et surtout, le moyen
de faire avouer candidement à ces personnes
fictives (qui représentent des points de vue
réels) ce qui motive leur grandeur d’âme.
Leurs propos, qui sont construits à partir
de différents documents (catalogue et guide
de l’exposition, déclarations politiques,
analyses économiques, rapports de banques,
biographies du gouverneur de Californie et de son
épouse etc.) font apparaître toute la
gamme des intérêts en jeu dans la situation
: gains de prestige, gains politiques, gains économiques,
en contrepoint de l’idéal officiellement
promu : l’essor du multiculturalisme et son
apport dans la création d’une culture
mondiale globale.
Ce jeu d’acteur permet à Andrea Fraser
d’associer critique politique et dérision
dans les mêmes conditions d’officialité
que les " officiels " face auxquels elle
prononce son discours. Par exemple, dans les remerciements
qu’il adresse au public sponsor (responsable
politique local parrainant l’exposition), le
représentant des trustees (personnalités
locales issues du monde des affaires et du monde politique)
déclare que celui-ci a été "
élu et massivement réélu par
une petite minorité de la population en âge
de voter " et lui rend hommage en ces termes
: " Il est le champion national de la chasse
à l’illégalité. Il n’a
pas reculé devant la dure mais nécessaire
décision de réduire nos impôts
sur le revenu. Il a d’ailleurs prouvé
une fois de plus la qualité de son endurance,
lorsqu’à peine remis d’une opération
de l’appendicite, il s’est fait conduire
en chaise roulante pour pouvoir voter la réduction
du budget. " Quant au corporate sponsor (dirigeant
d’une entreprise multinationale parrainant l’exposition),
il ne cache pas que le terme de " globalisation
" signifie pour lui la différenciation
et la multiplication des parts de marché, et
celui de " multiculturalisme " la différenciation
et la multiplication des consommateurs.
Bien que l’acronyme ne soit prononcé
par aucun des orateurs, l’ensemble des points
de vue indique que cet événement artistique
" binational " s’inscrit dans le cadre
de l’ALENA (l’Accord de libre-échange
nord-américain) et que l’importance du
nombre d’artistes invités est avant tout
un moyen d’acquérir localement une visibilité
internationale convertible en profits économiques
et politiques.
Pour qui connaît le travail de Hans Haacke
(artiste d’origine allemande vivant aux Etats-Unis
depuis la fin des années 60), cette incursion
d’une fonctionnalité politique dans une
œuvre artistique conçue, non pas pour
servir un pouvoir politique (" bon " ou
" mauvais "), mais pour affirmer de manière
autonome le contre-pouvoir d’une liberté
politique critique, n’est pas nouvelle. Ce qui
est totalement inédit ici (et impensable jusqu’ici
du point de vue d’une pratique artistique) est
d’utiliser " l’immunité "
accordée à tout artiste jouissant d’un
certain degré de notoriété pour
s’insérer non seulement symboliquement,
mais physiquement (et à égalité
avec les représentants politiques des Etats),
dans une situation officielle soudain transformée
tout entière et de fait en œuvre in situ.
Cette expression latine que l’artiste français
Daniel Buren s’est appropriée depuis
le début des années 70 pour signifier
l’invention de la prise en compte du contexte
d’exposition dans la conception de l’œuvre,
et qui est une notion couramment exploitée
aujourd’hui comme simple prétexte à
produire des objets et des situations artistiques,
retrouve avec Andrea Fraser sa force première
et sa capacité à élargir le champ
de l’esthétique par la prise en compte,
dans la conception et la réalisation de l’œuvre,
d’aspects de la réalité systématiquement
écartés par les conventions et les convenances
sociales et esthétiques.
Lorsque, dans son Discours d’Inauguration,
Andrea Fraser se fait artiste ventriloque pour parler
au nom du représentant imaginaire des quatre
commissaires de l’exposition, elle n’oublie
pas de se réjouir de la qualité ("
les personnalités culturelles les plus influentes
des Amériques ") et du nombre ("
plus de 50 artistes et auteurs venus de 11 pays ")
des individus ayant accepté l’invitation.
Plus important encore, elle n’omet pas non
plus d’évoquer la circularité
du processus de consécration lorsqu’elle
s’exprime en représentant réel
des artistes pour " exprimer (sa) gratitude "
envers les commissaires : " Grâce à
eux, nous allons être davantage reconnus –
localement, nationalement et internationalement, à
l’intérieur du monde de l’art,
et au-delà. "
Pour revenir à ce que j’évoquais
en commençant : de même que des artistes
comme Hirschhorn ou Hybert font fructifier l’héritage
de Yves Klein et de Joseph Beuys, Fraser fait fructifier
l’héritage de Marcel Broodthaers et d’artistes
tels que Haacke et Daniel Buren, plus âgés
qu’elle d’une trentaine d’années.
Il s’agit de deux familles de pensée
incompatibles, ayant chacune sa propre utopie et ses
propres enjeux et conséquences politiques.
J’ai donc exposé deux manières
de conjuguer art et politique pour contribuer à
ce débat " Art et politique ".
Suite
du débat...
NOTES :
(1) Métaphore citée par Pierre Bourdieu
au cours de son intervention à l’Ecole
des Beaux-Arts de Nîmes le 3 juin 1999 : "
Je pense ici à une métaphore, très
picturale, que Freud emploie quelque part : il y a
Saint-Christophe qui porte sur ses épaules
le Christ qui porte le monde. Freud demande : mais
sur quoi reposent les pieds de Saint-Christophe ?
Le sociologue découvre que beaucoup de ces
choses que nous croyons naturelles, dont nous voudrions
qu’elles soient naturelles, plus ou moins selon
notre position dans le monde social, selon nos dispositions,
beaucoup de ces choses sont historiques, c’est-à-dire
arbitraires, elles existent mais elles auraient pu
ne pas exister, elles sont contingentes, elles n’ont
pas d’autres fondements qu’historiques.
"
(2) Andrea Fraser, née en 1965 à Billings,
Montana, U.S.A, vit et travaille à New York,
à l’exception de longs séjours
à l’intérieur des Etats-Unis et
à l’étranger –Allemagne,
Autriche, Espagne, Brésil, Mexique- liés
à la réalisation de projets artistiques
in situ.
(3) Cf. Harald Szeemann, " Joseph Beuys, La machine
thermo-ardente à explorer le temps " in
Joseph Beuys, catalogue du Centre Georges Pompidou,
1994, pp.35-40.
(4) Je pense, par exemple, aux " Souvenirs du
XXème siècle " vendus sur le marché
de Pantin dans le cadre de l’exposition Ici
et maintenant organisée par Yves Jammet pour
l’Association de Prévention du Site de
la Villette en septembre 1997.
(5) Une nuance importante sépare les démarches
de Thomas Hirschhorn et de Fabrice Hybert : le messianisme
du premier s’inscrit dans une philosophie du
devoir, et celui du second dans une philosophie du
désir.
(6) Je souligne cette phrase. Le passage se trouve
à la page 26 de Considérations sur l’état
des beaux-arts, Critique de la modernité, Paris,
Gallimard, 1983.
Intervention revue par l'auteur