Patrice Pattegay, sociologue.
Afin d'ouvrir le débat et avant de vous inviter
à prendre la parole, à poser des questions,
à énoncer des remarques ou des critiques,
je voudrais dire que l'événement qui nous
réunit aujourd'hui est provoqué voire
animé par des questions. C'est notamment ce qui
le rend particulier.
Première série de questions : elle concerne
l'art en général et l'art contemporain
en particulier. L'association IFLF se donne pour objectif
de promouvoir une réflexion sur l'art : Quelle
est la place de l'art contemporain dans la société
? Quelle place l'art occupe de fait, mais aussi quelle
place voudrions-nous qu'il occupe ? Quels rapports entre
art et politique ? Evidemment les artistes sont concernés
par ces questions, elles leurs sont notamment adressées,
mais ils n'ont pas le monopole des réponses légitimes
ni des réponses pertinentes. D'où la présence
ici d'artistes mais aussi d'enseignants, de philosophes,
de sociologues et de lycéens.
Deuxième série de questions : que devient
l'art contemporain lorsqu'il s'expose dans des lieux
habituellement réservés à d'autres
activités ? Pourquoi exposer et s'exposer dans
un lycée (une série de lycées et
collèges) ? Quel sens cela a-t-il ? Un lycée
n'est pas une galerie d'art ni un musée. Une
exposition d'art contemporain dans un lycée c'est
un événement, une exposition d'art contemporain
dans une galerie d'art contemporain, c'est de la routine.
Le lieu dans lequel une exposition est installée
est loin d'être sans effets, sans incidence sur
l'exposition elle-même. On pourrait s'accorder
sur l'idée que ce n'est pas la même chose
d'exposer dans un lycée que dans une entreprise,
dans une agence de l'ANPE ou au palais Brongniard, à
l'Assemblée Nationale ou dans un hôpital
psychiatrique... Le lieu dans lequel des travaux artistiques
sont exposés n'est pas, comme on a tendance à
le penser souvent, un simple contexte. Contexte : seul
le décor changerait, pas les œuvres, ni
leur sens ou leur portée.
Dernier point : ces questions ne sont pas des questions
prétextes, des interrogations de façade.
Vous êtes bien placés pour savoir qu'avoir
la réponse apporte des profits (en termes de
notation, de distinction, de prestige...). D'où
la tentation parfois de formuler des questions à
partir de leurs réponses. Il ne s'agit pas de
cela ici. La proposition qui est la nôtre est
d'essayer de réfléchir ensemble, essayer
de penser, à partir de travaux d'artistes mais
aussi sur ces travaux, essayer de penser l'art contemporain,
sa place et son rôle dans la société...
Démarche pas si banale qu'il y paraît,
à laquelle vous êtes invités à
contribuer.