Un élève : « Vous
dites : les Noirs sont des objets, mais vous aussi,
les Blancs, vous êtes des objets !
M. Quinton: Je n'ai pas dit que les
Noirs sont des objets, attention ! Que cela soit bien
clair, je ne voudrais pas être taxé ici
d'ami de Le «Pan», il n'en est pas question.
J'ai dit que la tête que j'ai peinte est un objet
et traitée comme tel parce que je me situe dans
la nature morte. Je pense que dans notre société,
on traite les travailleurs immigrés comme des
objets. Si j'avais été un peintre du début
du siècle ou de l'entre-deux-guerres (vous imaginez
bien que le petit Blanc a été exploité
comme le petit Noir maintenant ; moi, je parle du travailleur
exploité ; il y a des Noirs qui se portent très
bien, qui sont très riches et qui traitent leurs
autres petits copains comme des objets ; je ne suis
pas non plus en train de faire dans la simplification
parce qu'il faut se situer dans la lutte de classes,
c'est mon combat, que je défends avec ma peinture),
donc, si j'avais été un peintre du début
du siècle, sur le presse-citron, on aurait trouvé
la tête d'un petit Blanc.
Un élève : Qu'est-ce
qui inspire vos tableaux ?
M. Quinton : Je ne veux pas me montrer
déplaisant mais je ne suis pas un artiste [...]
avec le côté de plus en plus péjoratif
qui tourne autour de ce mot, [...] je ne sais pas ce
que c'est que l'art ; je ne fabrique pas de l'art, je
fabrique des tableaux, des images qui essaient de vous
parler le plus clairement possible, une fois de plus
avec les moyens qu'on me donne ; je ne peux pas dépasser
la société dans laquelle je vis, je crois
que la société a l'art qu'elle mérite.
Si la société est lamentable, l'art sera
lamentable. Voilà pour l'inspiration. »